Écouter son intuition. C’est sans doute ce que les gens essaient de faire lorsqu’ils ont une décision importante à prendre.

Mais que faire quand c’est elle qui décide ? Purement et simplement. Comment comprendre ses propres choix dans ces cas-là et comment les faire comprendre aux autres ? Une explication ? Je n’en ai pas, je le sens, ou je ne le sens pas au contraire. Pourquoi ? Comment ? Et après ? Je ne sais pas, je ne sais pas et je ne sais pas.

Je dois dire que lorsque l’intuition vous pousse à prendre tout un tas de décisions parfois irrationnelles, ce n’est pas toujours facile à vivre. Surtout qu’elle ne vous dit rien sur la suite. Elle vous dit juste « non », « stop » ou alors « oui, fonce ! » et c’est tout. Sur le moment elle ne vous en dit pas plus. Sur le moment. C’est en cela qu’elle n’est pas toujours facile à écouter ou à suivre. Elle distille ses messages ou ses conseils au compte-goutte et seulement quand elle le décide. Mais c’est aussi cela qui est beau. Se laisser guider, suivre, et faire confiance.

Une belle grosse voix

En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu à faire le moindre effort pour me connecter à mon intuition. Certains parlent de petite voix intérieure, moi j’ai plutôt l’impression qu’elle me crie dessus. Gentiment, de façon bienveillante, mais jamais discrètement, jamais doucement. C’est assez puissant en fait. Lorsqu’elle dit « stop » c’est stop, et c’est « stop » assez vite. C’est une sensation physique et mentale. Je ne peux plus. Mais est-ce que je l’écoute aveuglément ? Non. Je lutte. Je lutte toujours au début. On m’a tellement répété que j’étais trop impulsive et que je ne réfléchissais pas assez avant d’agir qu’avec le temps j’ai fini par me battre un peu contre elle. En général ça ne dure jamais plus de quelques mois. Et c’est toujours en vain.

Elle décide, je suis

Un bref aperçu de mon parcours professionnel serait une belle démonstration de son pouvoir. J’ai commencé une prépa HEC que j’ai arrêtée rapidement, j’ai commencé une licence de géographie que j’ai aussi arrêtée, puis j’ai commencé à travailler. J’ai été employée libre service, vendeuse, merchandiseuse, aide-soignante et commis de cuisine. La plupart du temps, les postes me tombent un peu dessus, soit une personne me recrute sans même que j’ai à postuler, soit je postule pour un emploi et je me retrouve à faire tout autre chose. Mais à aucun moment je n’ai été déçue. J’ai toujours rencontré des personnes formidables, d’univers totalement différents et avec des parcours toujours très intéressants. Et ce qui fait que je reste ou que je pars, c’est souvent eux. L’équipe. Et la grosse voix intérieure. Aujourd’hui je ne travaille pas. Je ne sais pas encore ce que je vais faire plus tard. Professionnellement en tout cas je ne sais pas. Personnellement, je sais.

Je vais être maman.

Une amie qui vous veut du bien

Là encore, l’intuition a beaucoup joué. L’intuition et la chance. Rencontre improbable sur internet avec un homme qui ne correspondait pas du tout à mes critères. Ses centres d’intérêts ? Les voitures et les jeux vidéos. Je me disais que pour un mois ou deux ce serait sympa mais jamais plus. Ça va faire cinq ans et on attend un enfant. Et pour attendre, on a attendu. Trois ans d’attente. Une première année dans notre coin puis la deuxième année on a entamé un parcours de procréation médicalement assistée. Une année d’examen, de tests et puis c’est bon on a le feu vert. C’est merveilleux, on sait d’où vient le problème, on a la solution et on peut démarrer le protocole le mois suivant.

C’est sans compter sur ma grosse voix qui dit « Non ». Un non catégorique, que je ne peux pas expliquer et qui pour la première fois ne me concerne pas moi uniquement. Nous sommes deux. Et mon petit-ami ne veut plus attendre, il est prêt, il est même pressé. Mais c’est non, c’est pas maintenant. Et alors ce sera quand ? Je ne sais pas. Je ne sais pas du tout. Et là ce n’est pas facile de l’écouter cette fameuse intuition mais aller à son encontre est juste impossible pour moi alors j’obéis. Et je crois savoir pourquoi elle m’oblige à tout mettre en pause. Pour prendre le temps. Prendre le temps de faire le deuil d’une grossesse naturelle. Prendre le temps d’accepter la situation et ce mode de conception dénué de toute magie et de tout romantisme. Il me faut du temps. Encore plus de temps. Il me faut accepter aussi cette intrusion de la médecine dans ma vie et pas dans n’importe quelle étape de ma vie. Moi qui fuis le plus possible la médecine traditionnelle, les médicaments, les traitements. Devoir m’injecter des hormones de synthèse ne m’emballe pas trop.

Le sens du timing

Au final il m’aura fallu un an. Enfin pas tout à fait un an. Onze mois. Pile le délais maximum avant de devoir tout recommencer (examens, tests…). Et je n’ai pas choisi encore. Je ne me suis pas dit que c’était maintenant et pas le mois prochain. Je n’ai pas pensé aux dates, aux échéances. J’ai juste dit à mon petit-ami « c’est bon, je suis prête ». Quinze jours après on avait rendez-vous. Quinze jours après je commençais le protocole. Quinze jours après, insémination. Quinze jours après, prise de sang positive. Je suis enceinte. Il faut savoir que ce sont des délais très courts dans le monde de la PMA. Les différents professeurs et médecins ont vu qu’on était un peu limite au niveau des dates. Au vu des résultats des différents examens, on était aussi limite pour faire une insémination et une fécondation in vitro nous avait d’abord été proposée avant d’être mise de côté. En temps normal, une insémination a 15% de chance de fonctionner la première fois. Étant donné qu’on était vraiment limite, ce pourcentage était sans doute moindre pour nous. Et là, bien qu’elle m’ait dit « vas-y, lance-toi », l’intuition ne me dit plus rien. Je pensais même que ça n’allait pas marcher. Et pourtant. Comme quoi, c’est vraiment quand elle veut. Et c’est un peu à sens unique.

Aujourd’hui j’ai trente ans et ma vie ne correspond pas exactement à ce que je pensais ou avais espéré, mais je m’y sens bien. Tant que je m’écoute (ou plutôt l’écoute), je me sens bien. Et même si parfois je trouve qu’elle me mène un peu la vie dure, je l’aime beaucoup, j’aime beaucoup mon intuition. J’ai l’impression qu’elle sait, qu’elle voit plus loin ou qu’elle comprend plus vite que moi. Ça peut paraître un peu mystique, mais après tout pourquoi pas ? Pourquoi ne pas accepter que l’on ne contrôle pas tout ? C’est assez déculpabilisant au final. Et fun. Très fun.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici